Avant-propos

SANS-TITRES est un média expérimental, un médium pour l’action, un espace de recherche, une revue sans catégories, une exposition sans vernissage, une série non télévisuelle, un public sans cible. Il produit un récit, un essai, une esquisse, une représentation. Une représentation du monde qui embrasse la subjectivité et le savoir, le poétique et le politique, les sciences et les arts autour d’une inquiétude, un objet et un sujet commun : NOUS

L’expérience est spatiale :

Déplacez-vous de salles en salles, de quartiers en territoires, avec les flèches qui apparaissent en haut de votre écran. L’icône central indique votre position ; Si vous le stimulez, il vous donnera une carte.

L’expérience est temporelle :

Dans le haut de chaque salle, il y a des titres ; Dans le bas de chaque salle, il y a des textes courts qui rythment le voyage, il est parfois conseillé de les lire.
À l’intérieur des salles, il y a des textes plus longs, des fleuves, du fil à retordre la pensée. Oh! Que nous plaignions les malheureux que ne les liraient pas. Si vous n’avez pas le temps, prenez celui du regard, si vous avez des écouteurs, il y a des mots qui s’entendent, et si vous aimez ce qui dure, il y a des films.

Cette édition contient 5 épisodes.
Chaque épisode est composé de plusieurs salles.
Chaque salle est une scène, un chapitre, et une arène.

Éditorial : LA CITÉ,
ou comment la ville nous habite ?

L’objet de ce N°2 c’est la ville, les villes. Le sujet, c’est ceux qui les habitent. L’inquiétude, c’est la place publique, la place du public, la « Cité » dans la République. La matière, la toile, le cadre, encore une fois, c’est l’expérience, l’expérience de la vie en ville, celle qui relie l’esquisse à l’essai, celle qui nous appartient tous.

La ville produit des expériences.
Les expériences induisent des formes.
Les formes produisent des villes.
La ville a ses sciences : l’urbanisme, l’architecture, l’histoire, la géographie.
La ville a ses tyrans : la technologie, le marketing et l’économie.
La ville a ses passants, ceux qui partent s’enfuient.
De quelle manière la ville nous prend ?
Qu’est-ce que la ville nous donne ?
Et comment nous lui rendons-t-elle ?

Épisode 1

Dans ce premier épisode, comme dans la vie moderne, nous entrons dans une ville dans laquelle nous avons toujours vécu. Celle qui dessine l’espace de notre temps, celle qui s’impose comme une époque et nous dicte les premières pages de notre propre histoire.

Épisode 2

Ce deuxième épisode nous plonge dans le versant sombre de la ville. Lieu de la corruption, du crime, décor parfait du "sentiment d'insécurité", la ville est surtout la matérialisation territoriale d'une société inégalitaire et dysfonctionnelle. Le miroir de la fiction nous renvoie l'image de cette ville que l'on fuit du regard et nous force à trouver notre rôle.

Épisode 3

La ville est un milieu étrange dans lequel convergent et se confrontent des êtres vivants et des objets techniques, des discours et des images, des trajectoires et des obstacles. La ville donne une fonction à ce qui détermine, une forme au mouvement des idées, elle dresse les hiérarchies et donne une place aux différences. Cet épisode caresse les tours, les trous, les plis, les places, les coins, les monuments, les gens, les milliers de gens, les millions de gens qui font des formes une ville.

Épisode 4

« On dit d’un fleuve emportant tout qu’il est violent, mais nul ne taxe de violence, les rives qui l’enserrent  ». Ce premier vers du poème Über die Gewalt (De la violence) de Bertolt Brecht annonce l’arrivée des frontières. Cet épisode se cogne contre les remparts de la cité, envisage les zones de transit, la boue historique entre les cabanes de bois et les immeubles de pierre, affronte les bordures symboliques et politiques de la charte initiale qui limite la pensée des constructeurs, encadre la vie des habitants, et relègue au rang d’étrangers ceux qui ne savent pas la lire.

Épisode 5

Fuir ou rester ?
Pour aller où ?
La ville est en nous, nous qui sommes nés dedans. Au pied du mur. Quitter la ville pour « la nature » est un privilège qui ne fera jamais un projet politique. La ville n’a pas d’envers, toute l’organisation de la société occidentale contemporaine repose sur elle depuis des siècles. On ne pourrait la quitter sans laisser derrière soi une partie de nous même. Peut-être la partie de trop ?
Mais s’évincer quand nos modèles s’écroulent, ne serait-ce pas laisser la ville aux plus avides et aux plus démunis ? Accepter l’échec de tout devenir collectif, et ratifier notre incapacité à créer autre chose ? Cet épisode final ne tranchera pas. Si les quatre premiers donnaient aux artistes et à leurs œuvres l’occasion de défier les approches « objectives » traditionnellement utilisées pour problématiser la ville, en proposant d’autres enjeux, d’autres images, d’autres mots pour la penser ; celui-ci retourne la carte en exposant ce que la ville fait de l’art, et les limites de cette entreprise critique et sensible qu’il nous faudra, incontestablement, dépasser.

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