À bas les pissotières! À bas les phallocrates! Duchamp au Cachot!

Les cris des femmes retentissent dans les faubourgs du quartier des ministères. Les manifestantes sont maintenant stationnées à quelques dizaines de mètres du Café des Commissaires qui jouxte le Musée d’art moderne de la ville. Attablée avec son équipe d’assistants, la curatrice interrompt son briefing:

- Je suis désolée. Je ne peux pas continuer avec ce bruit de fond. Je ne m’entends plus réfléchir. Qu’est ce que je disais?

- Vous parliez du machisme architectural au XXIème siècle.

- Ah oui, merci Frédéric…

Plus de femmes dans les assemblées! Plus de moches à l’accueil des musées!

- …Hum. Je disais donc que les formes nous informent du rapport de force qui oppose les hommes aux femmes dans les processus décisionnels des grands projets d’urbanisme. Les femmes veulent des amphithéâtres et les hommes veulent des tours. Ce sont les résultats de notre enquête d’opinion. Bien entendu, la réalité urbaine n’est pas faite que de trous et de troncs, il y aussi des plis, des lèvres vénérables qui n’attendent qu’à être révélées aux usagers de l’espace pubic! Nous allons donc travailler sur les stades de foot, les gradins, et la contre-plongée dans l’iconographie contemporaine comme pratique originale de détournement de la censure qui pèse sur le corps féminins dans la représentation genrée des dominations de masse. Les formes architecturales féminines étant bien évidemment perçues comme anarchiques, ouvertes et souples, c’est à dire sans autorité, donc révolutionnaires.