1.
T'es qu'une grosse merde.
Et tu continues.
Quoi qu'il arrive il.
Tu restes là hein.
T'es qu'une grosse merde Hassan. T'es qu'une merde.
C’est ce qu’il m’a répété et il l’a répété plein de fois.
Bâtard.
Pas comme deux personnes à 130.
Putain et tu continues grosse merde.
Il travaille jusqu'à minuit parfois.
Papa on y peut aller.
Pourquoi.
Qu’est-ce qu’il fait ce con.
Qu’est-ce qu’il fait.
C’est maintenant qu’on traverse.
Je vais t'expliquer pourquoi elle en pouvait plus. Pour moi c'est une femme qui a toujours.
Chut.
Il arrive le tram.
Oh mais t’es con là.
Qu'est-ce qu’il se passe.
- il y a un homme par terre.
Oh non mais moi je.
Monsieur.
Je crois pas non.
Vous allez bien.
Qu’est-ce que vous faites.
Chut. Allez viens. On doit rentrer.
Vous allez bien Monsieur, Monsieur.
Putain ici les gens c'est des connards, ils donnent rien.
Merde mais.
Monsieur. Monsieur.
Regarde derrière le parc.
Qu’est ce qui fout le mec allongé. Oh. Quoi ?
Je n'ai rien vu, il faut appeler quel numéro.
Passe là-bas. Haha, quel enculé le proprio. Quel enculé.
Qu’est ce qu’on fait.
C’est fou.
Monsieur.
Chut les enfants.
C’est quoi qu’est arrivé.
Pardon. Excusez.
Vous avez vu la scène. Poussez-vous. Pardon.
Où sont ses papiers, qu'est-ce qu’il s'est passé.
Cet enculé.
Monsieur est-ce que vous nous entendez. Faites un signe.
C'est vrai, ah.
Ils vont arriver.
Ça va t’as l’air explosé. Non. Ce gars.
Serrez ma main si vous m’entendez.
Quoi qu’est ce tu dis.
Je crois.
On va l’emmener.
Mais ça n'a aucun rapport chéri.
T'as vu il y a les flics.
On va se la mettre putain on va se la mettre.
Les flics, ouais, grosse embrouille. Vas-y passe.
Pardon poussez-vous.
Enculés ces fils de pute.
On va être bien là.
Laissez.
Non mais arrête là ça va c'est bon si faut.
Je ne sais pas si vous vous en souvenez mais nous oui.
C'est un homme qui s'est trop tenu le front regardez ça.
Allez poussez-vous maintenant.
On va l’emmener on va l’emmener.
Je crois.


2.
il y a eu un pistolet en plastique puis on a tiré

c’est le tout début

un type est tombé, il n'était pas visé
il est tombé, c’est un accident

le type est tombé, c'était calculé
il est tombé, c’est un assassinat

le parc a plein de boue
l’eau de l'étang est éclairée
avec des lampes sous-marines
sous-marines et invisibles
(là où on se trouve on ne les voit pas)

l’étang est allumé, l'eau
parfumée avec les mégots
les clopes fumées, les crachats
à la surface aucun poisson alors des mouches

sous le banc à côté il y a une flaque
et quelqu’un assis et des feuilles

un type est tombé grand banal
un normal, ça veut dire un aux normes
un tout à fait global, un très vague,

le type est tombé en disant

bâtard

quand ça sort de sa bouche, il s'adresse à un enfant 
l’enfant a le pistolet mais il est déjà loin et
même lui n'a rien vu, seulement entendu
le déclic quand le coup est parti très sec du pistolet
(il est en plastique)
mais au cri après la détente
ce type-là est tombé au sol
assez vite et
assez lourdement
il n'y a pas eu de bruit en particulier
sauf l'insulte :
bâtard
prononcée d’une mollesse comme la vie qui
en part, ne revient pas
la vie que personne autour n'a entendue de façon continue

l’homme est sans contour

l’homme est sans contour et discontinu

il y a derrière les vitres des hommes et des enfants
pas en cire, en plastique marron ou marron très clair
surtout des femmes dont les seins ne bougent pas

on met un petit moment à s’en rendre compte
autour les gens regardent, parlent, attendent
on lui a palpé le bras

les voitures autour du parc, les feux, les feuilles, les moteurs
du bruit mais sauf que lui, non, très simplement

il est tombé

deux filles sont assises sur le banc
roulant une cigarette la feuille entre
deux doigts

et il y a un regroupement
autour de ce grand type, un groupe, la meute avec des découpages
de mots que l’habitude filtre
ils n’avaient jamais avait vu un type
jamais vu, un mec
banal tomber comme lui

des gens lui parlent
le visage de tout le monde est informe

il est sans contour et étalé par terre
les gens lui parlent et le forcent à se réveiller
parler, il ne peut pas, il ne peut plus, il a des yeux grands, il ne peut vraiment plus
c’est pas comme si
ce n’est pas faire semblant, non, il ne dort pas vraiment mais
c’est presque comme s’il était au fond du sommeil
de loin ça bouge autour de quelque chose sans contour
les gens lui parlent, ils le forcent à se réveiller mais il ne peut pas il ne peut plus et il a des yeux

et il a des yeux comme s'il n'avait jamais compris un seul mot de sa langue à lui.

Maxime Actis