La réunion de concertation avec les habitants vient de se terminer. Elle a été écourtée par les organisateurs. Les gens sortent dans la nuit froide et humide. Sur le trottoir, il fume une cigarette en faisant les cent pas. Il n'a pas pu s'exprimer face aux élus, le temps était compté. Devant quelques voisins, il s'exprime maintenant :

" "Sale quartier", c'est tout ce qu'on entend. Trop de jeunes, trop de chômage, trop de drogues, trop de pauvres. Carencé, gangréné, cancéreux. C'est le diagnostic qui est tombé. Des prescriptions, ils en ont plein, t'inquiètes. Il faut rénover, revitaliser, réhabiliter tout ça. Faudrait mixifier l'ensemble aussi, tiens. C'est comme ce qu'on m'a dit à l'école : "Quand y a des pommes pourries, on coupe la branche". C'est de l'intervention chirurgicale ça, y a pas de doute. Bienvenue en zone d'intervention prioritaire. Faut redoubler d'efforts pour montrer une autre image que celle qu'on te colle continuellement à la peau. C'est pas le territoire qui est malade. Faut voir plus large que ça, c'est obligé. On se fera peut être ravaler la façade mais ça changera rien au coeur des choses".