Que cherchons-nous?

Ces trois termes et leur combinaison, ce trait d’union, ce point d’interrogation. Tout y est dit, tout ce dont il s’agit ici tient dans cette question simple, dans cette mince couche de signes : Que cherchons-nous ?

Pourquoi ne pas s’en contenter ?
Parce que les mots sont si
épais, si polymorphes, si mouvants, tellement chargés
de temps, qu’il est certain que cette interrogation,
si minimale soit-elle, résonne en nous de mille significations
différentes, de mille voix pour mille voies.

Commencons par le nous

Première incertitude.

Le nous, pour nombre d’entre nous, n’existe pas. Il n’y a pas de nous dans la nature  écrivait Derrida. Rien n’est moins sûr que je plus je fasse nous et que l’un des deux je ne joue pas double jeu. Rien n’est moins sûr que tous les je du monde s’accordent sur ce grand Nous qui fit renaître l’Homme dans un immense terrain de jeu pour je stratège et rationnel plutôt bien né bien blanc bien à l’ouest du nord, il y a cinq siècles avec ce grand Nous bien au centre. Que Cherchons -nous ? Nous cherchons d’abord ce Nous, Nous cherchons comment le chercher.

Comme la poésie,
la recherche est bien plus qu’une activité
ou un résultat, c’est une attitude,
un mode d’être au monde.

Qu’elles soient philosophiques, scientifiques ou artistiques, les recherches désintéressées auxquelles notre modèle de société accorde encore (mais pour combien de temps ?) les moyens de se développer participent à définir les conditions de notre perception des choses et de nous-mêmes, les outils et les mots avec lesquels nous pensons. Elles peuvent constituer un lieu pour l’épanouissement existentiel, un endroit où l’on accordent aux hommes et aux femmes qui s’en saisissent la possibilité du doute, la joie du déploiement de l’imaginaire, la liberté d’inventer et de créer simultanément et dans une forme de poésie, les problèmes et les solutions auxquelles ils consacreront une grande partie de leur vie. La quête, l’inquiétude et le questionnement, l’humilité face aux énigmes et aux forces de l’univers, le doute sont des qualités qui pourrait caractériser positivement la condition humaine.

Si le doute plane sur Nous,
si Nous est une question,
si Nous est une recherche ;
Nous pourrait être un Homme
qui vit et cherche comment vivre,
nous aimerions partir de là.

Nous?

Nous cherchons comment parler du monde, comment le regarder, l’entendre et l’expérimenter, nous cherchons comment le chercher.

Nous construisons un lieu ouvert à toutes celles et tous ceux qui, dans et sur la vie, s’accordent le temps du regard. Nous construisons un lieu ouvert à toutes celles et tous ceux qui cherchent et qui vivent, qui cherchent comment vivre et qui vivent leur recherche. Une utopie où il n’est pas question d’Éducation ou de Culture,

mais bien de poésie,
de vies,
de traits d’unions,
et de points d’interrogations.

Edwin Lavallée